FIC 2023 : intervention de Jean Peeters sur la vérité à l’épreuve de la manipulation de l’information

Lors de chaque édition du Forum international de la cybersécirité (FIC), l’atelier PhilosoFIC propose un temps de réflexion sur un sujet d’actualité ayant trait au cyber.

Sous la forme d’une table ronde, le PhilosoFIC aborde des thèmes aussi variés que « L’acceptabilité sociale des nouvelles technologies » (2021), « La virtualité : la réalité de demain ? » (2022), etc.

L’édition 2023, qui a eu lieu le vendredi 7 avril en amphithéâtre Marie Curie, a été l’occasion de s’interroger sur « la vérité à l’épreuve de la manipulation de l’information ».

Animés par le général (2S) Marc Watin-Augouard, fondateur du FIC, les échanges ont rassemblé Cécile Doutriaux, avocate et fondatrice du cabinet Juris Défense Avocats, Marc-Antoine Brillant, directeur adjoint du Service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM), le général (2S) Olivier Kempf, spécialiste de géopolitique et de stratégie, ainsi que Jean Peeters, titulaire de la Chaire, pour la conclusion.

La question de la manipulation de l’information a toujours été d’actualité. Ainsi la Loi du 29 juillet 1881 sur La liberté de la presse contient-elle un chapitre IV intitulé « Des crimes et délits commis par la voie de la presse ou par tout autre moyen de publication ». Auparavant, la loi sur la presse du 27 juillet 1849 stipulait en son article 4 que « La publication ou reproduction faite de mauvaise foi, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées, ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque ces nouvelles ou pièces seront de nature à troubler la paix publique, sera punie d’un emprisonnement d’un mois à un an, et d’une amende de cinquante francs à mille francs ».

Comme le rappelle Oliver Kempf, le cyberespace revêt une couche physique, une couche logique et une couche sémantique. C’est de cette dernière qu’il s’agit lorsque l’on traite d’information. De ce point de vue, malgré une vision libertaire initiale d’internet et les formidables lieux d’échanges que sont les réseaux sociaux, force est de constater qu’ils sont aussi devenus des vecteurs de luttes de pouvoir, d’influence et surtout de colportage de fausses informations en vue de nuire à des personnes, des organisations et des États.

Ainsi, c’est à la suite de la mise en évidence d’une opération d’ingérence russe dans la campagne des éléction présidentielles de 2017 en France, qu’a été décidée la création de VIGINUM (décret n° 2021-922 du 13 juillet 2021), explique Marc-Antoine Brillant. Cet événement, qui a notamment ciblé le candidat Emmanuel Marcon, a agi comme catalyseur pour que l’État, dans ses missions régaliennes, prenne des mesures afin de garantir sa souveraineté dans le domaine du numérique.

Cécile Doutriaux souligne que le droit prévoit de réprimer la manipulation. La Loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information vient ainsi renforcer l’arsenal de sanctions.  En outre, elle institue un « devoir de coopération des opérateurs de plateforme en ligne en matière de lutte contre la diffusion de fausses informations » (articles 11 à 15). S’il est saisi, « le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures à compter de la saisine ». Cela peut sembler long à l’échelle d’internet, mais cela est très rapide pour la justice.

En guise de synthèse, Jean Peeters note que le sujet de la manipulation de l’information est d’abord un problème pour les démocraties, où le débat est libre. La mondialisation de l’information via le numérique, loin de créer du partage et une meilleure compréhension de notre monde, a débouché sur un communautarisme de groupes et d’idées et à une fragmentation de l’information, n’ayant pour but, dans certains cas, que de remettre en cause toute donnée objectivable et de lui substituer un avis dogmatique. Cela est d’autant plus grave quand les fausses informations sont propagées par des organes de presse et des représentants élus d’états démocratiques.

En conclusion, on retiendra qu’une cybersécurité souveraine nécessite des citoyens éclairés et protégés.

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